Un des premiers films d’horreur de l’histoire du cinéma et chef d’oeuvre de l’expressionnisme allemand, le NOSFERATU de Friedrich Wilhelm Murnau fête son centenaire en 2022. Pour l’occasion, l’ARFI revient à l’essence même du ciné-concert en présentant, en formule totalement acoustique, son premier trio à cordes (Clémence Cognet, Colin Delzant, Christophe Gauvert) sur une magnifique version restaurée et numérisée de 2005. La partition, écrite par Guillaume Grenard, sollicitera les esthétiques musicales antagonistes du XXème siècle pour évoquer le seul véritable thème des films de vampires : l’amour.

LE FILM

Il s'agit de la première adaptation du mythe de Dracula au cinéma. F. W. Murnau n'ayant pas eu le budget pour payer les droits à la famille de Bram Stoker, il se contente de modifier quelques éléments mineurs de l'histoire et les noms de tous les personnages. Dracula devient Nosferatu (du grec Nosophoros : celui qui apporte la peste). Le film, qui dès le départ est en version teintée (le bleu pour la nuit, le sépia pour le jour, le rouge pour l'aube) a en revanche deux durées possibles : soixante minutes en vingt-quatre images par seconde, une heure trente-quatre en dix-huit images par seconde. C'est la seconde option que nous avons choisie pour que le film soit projeté dans ses conditions d'origine. La version accompagnant le ciné-concert a bénéficié d'une restauration complète en 2005.

LA MUSIQUE

Contrairement à une idée reçue, la plupart des musiques destinées au début du XXème siècle à l'accompagnement en direct des films muets n'étaient pas de simples mélodies autour desquelles un pianiste improvisait, mais des partitions fleuves pour de grandes formations classiques. Ces orchestres profitaient souvent d'une première partie avant la séance de cinéma pour jouer leur répertoire habituel. C'est donc pour orchestre symphonique qu'Hans Erdmann a composé pour le film. La partition a longtemps été perdue et de nombreux compositeurs ont proposé leur version de Nosferatu. La réunion de ce trio à cordes prend sa source en 2019, quand se sont trouvés pour la premières fois réunis Clémence Cognet, Colin Delzant et Christophe Gauvert au sein de l’orchestre de l’ARFI, la Marmite Infernale. C'est l'efficacité immédiate du trio, tant par sa logique instrumentale que par la personnalité musicale de ses musiciens qui a convaincu Guillaume Grenard de faire appel à eux pour NOSFERATU. Après presque cinquante années de ciné-concerts ARFI, NOSFERATU est son premier groupe uniquement constitués d'instruments à corde ! La partition qu'il propose ici s'attache à jouer des connexions sentimentales ou amoureuses entre les personnages en affectant à chacun d'entre eux une esthétique musicale bien identifiée. La musique tonale est attachée à Jonathan Harker (l'amour naïf et conventionnel), les musiques de la seconde école de Vienne à Mina Harker (l'amour non conventionnel), les musiques contemporaines à Renfield-Knock (la folie), la musique répétitive à Dracula-Orlok (la séduction hypnotique). La nature des connexions sentimentales (haine ou amour) va colorer les rencontres d'esthétiques.